by Agexis | 06, Août 2025 | Actualite | 0 comments

Dans la course vers la neutralité carbone, l’hydrogène vert s’impose comme l’un des vecteurs énergétiques les plus prometteurs. Produit par électrolyse de l’eau à partir d’électricité renouvelable, il constitue une alternative propre à l’hydrogène 'gris', issu du gaz naturel, qui est encore largement dominant et très émetteur de CO₂. L’hydrogène vert suscite un intérêt croissant au sein des politiques énergétiques mondiales, notamment en Europe, qui y voit un levier stratégique pour la décarbonation de l’industrie et des transports lourds.
Cependant, malgré son potentiel, son déploiement à grande échelle reste limité par de nombreux défis technologiques, économiques et logistiques. Quels sont les secteurs qui peuvent tirer profit de cet hydrogène décarboné ? Et comment surmonter les obstacles à sa production et à son utilisation à large échelle ? Cette analyse explore les débouchés industriels de l’hydrogène vert et les conditions nécessaires à sa massification.
L’hydrogène vert est produit par électrolyse de l’eau, un procédé qui sépare les molécules d’eau (H₂O) en oxygène (O₂) et hydrogène (H₂) à l’aide d’un courant électrique. Si ce courant provient de sources renouvelables (solaire, éolien, hydraulique), l’hydrogène produit est qualifié de 'vert' ou 'renouvelable'. Contrairement à l’hydrogène 'gris', dérivé du gaz naturel via le vaporeformage (et fortement émetteur de CO₂), l’hydrogène vert est quasi neutre en carbone.
Cet hydrogène propre pourrait jouer un rôle clé dans la transition énergétique. Il offre une solution pour stocker l’électricité renouvelable excédentaire (intermittente), pour produire de la chaleur industrielle sans émissions, ou encore pour alimenter des moyens de transport lourds qui ne peuvent pas facilement passer à l’électrique. C’est un vecteur d’énergie polyvalent, stockable, transportable et potentiellement exportable.
L’intérêt stratégique réside aussi dans le fait que l’hydrogène peut contribuer à la décarbonation de secteurs difficiles à électrifier, comme la sidérurgie, la chimie ou le transport maritime. C’est dans ces usages industriels que se trouvent les débouchés les plus prometteurs.
La fabrication de l’acier est aujourd’hui responsable d’environ 7 % des émissions mondiales de CO₂. Elle utilise principalement du charbon dans les hauts-fourneaux. L’hydrogène vert peut remplacer ce charbon pour réduire le minerai de fer (procédé direct reduction of iron – DRI), produisant ainsi de l’acier 'vert'. Des projets pilotes existent déjà, comme HYBRIT en Suède ou H2 Green Steel, qui ambitionnent de produire de l’acier sans émissions dès cette décennie.
L’hydrogène est déjà massivement utilisé dans la chimie, notamment pour la production d’ammoniac (utilisé dans les engrais) et le raffinage du pétrole. Aujourd’hui, cet hydrogène est d’origine fossile. Le remplacer par de l’hydrogène vert permettrait de décarboner des processus industriels essentiels. L’ammoniac vert, par exemple, pourrait aussi servir de vecteur d’hydrogène pour le transport ou le stockage d’énergie.
Les secteurs du transport routier longue distance, du ferroviaire non électrifié, de l’aérien (à long terme) et du maritime s’intéressent de plus en plus à l’hydrogène ou à ses dérivés (ammoniac, e-fuels). Les camions à pile à combustible, les trains à hydrogène (comme ceux d’Alstom) ou les navires propulsés à l’ammoniac vert représentent des pistes prometteuses.
L’hydrogène permet aussi de stocker l’électricité excédentaire produite par les énergies renouvelables (power-to-gas), et ainsi de répondre aux besoins de flexibilité du réseau électrique. Il peut être retransformé en électricité via des piles à combustible ou des turbines. Cette fonction de tampon énergétique devient stratégique à mesure que la part des renouvelables augmente.
Malgré ses usages multiples, l’hydrogène vert reste aujourd’hui 4 à 6 fois plus cher que l’hydrogène gris. Cette différence s’explique principalement par le coût élevé de l’électrolyse et par celui de l’électricité renouvelable nécessaire. De plus, les électrolyseurs sont encore produits en petites séries, ce qui en augmente les coûts unitaires.
À cela s’ajoutent les coûts d’infrastructure : il faut développer des réseaux de transport de l’hydrogène (gazoducs adaptés, stations de ravitaillement), des capacités de stockage, et moderniser les installations industrielles existantes.
L’un des défis majeurs est donc de réduire les coûts grâce à l’innovation, l’industrialisation des équipements, et la baisse du prix des énergies renouvelables. Les experts estiment que la parité avec l’hydrogène gris pourrait être atteinte entre 2030 et 2040 si les politiques publiques soutiennent suffisamment la filière.
La production d’hydrogène vert dépend entièrement de la disponibilité d’électricité verte bon marché. Or, cette ressource est déjà très sollicitée pour électrifier d’autres secteurs (mobilité, chauffage, industrie). Il faudra donc augmenter massivement les capacités de production renouvelable, tout en évitant les conflits d’usage.
L’électrolyse consomme aussi de l’eau douce, ce qui peut poser problème dans des zones arides. De plus, certains composants des électrolyseurs, comme le platine ou l’iridium, sont rares et coûteux. Le développement d’électrolyseurs à membranes alternatives, ou à base de matériaux plus abondants, sera nécessaire pour un déploiement à grande échelle.
L’hydrogène est une molécule légère, inflammable, et difficile à stocker et transporter. Les infrastructures actuelles sont inadaptées : il faut développer des gazoducs dédiés, des réservoirs sous pression, ou transformer l’hydrogène en dérivés plus faciles à manipuler (ammoniac, méthanol, carburants synthétiques). Cela implique des investissements lourds et une coordination entre producteurs, transporteurs et utilisateurs.
Le développement de l’hydrogène vert repose en grande partie sur les politiques publiques : subventions, tarifs incitatifs, quotas d’utilisation, réglementation carbone. Un cadre stable, clair et ambitieux est indispensable pour rassurer les investisseurs et encourager les industriels à basculer vers cette solution encore plus chère que les alternatives fossiles.
L’Europe est aujourd’hui à la pointe du développement de l’hydrogène vert. La stratégie européenne de l’hydrogène (2020) vise à installer 40 GW d’électrolyseurs d’ici 2030. Plusieurs pays (Allemagne, France, Espagne, Pays-Bas) ont lancé leurs propres plans nationaux, avec des milliards d’euros d’investissement public et privé.
Des projets pilotes industriels se multiplient, dans la sidérurgie (Thyssenkrupp, ArcelorMittal), les transports (Alstom, Airbus, CMA CGM), ou l’énergie (ENGIE, EDF, Iberdrola). Le programme IPCEI (Important Project of Common European Interest) permet également de financer des projets stratégiques transnationaux.
L’hydrogène vert devient ainsi un levier industriel, énergétique et géopolitique : il peut renforcer l’indépendance énergétique de l’UE, réduire les émissions, et positionner l’Europe comme leader technologique dans un marché mondial émergent.
L’ hydrogène vert incarne une promesse majeure pour décarboner les secteurs les plus polluants de notre économie : industrie lourde, chimie, transport de marchandises. Il offre une solution flexible, stockable, et complémentaire aux autres énergies renouvelables. Mais pour que cette promesse se concrétise, de nombreux défis doivent être relevés : réduction des coûts, développement des infrastructures, sécurisation de l’approvisionnement en électricité verte, soutien politique massif.
La massification de l’hydrogène vert ne se fera pas spontanément. Elle exige une coordination stratégique entre États, industriels, chercheurs et citoyens. Si ces conditions sont réunies, l’hydrogène vert pourrait jouer un rôle décisif dans la transition énergétique mondiale, en conjuguant innovation, souveraineté énergétique et durabilité.